Oujda, capitale orientale

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est la capitale de la wilaya (préfecture) qui porte le même nom et compte quatre provinces : Oujda-Angad, Berkane, Taourirt et Jérada. La wilaya d’Oujda s’étend sur une superficie d’un peu plus de 20 000 kilomètres carrés au nord-est du royaume marocain. À l’est, la frontière maroco-algérienne lui sert de limite extrême. La province de Figuig au sud, la province de Boulemane au sud-ouest, la province de Taza à l’ouest et celle de Nador au nord-ouest lui servent de limites internes au royaume. Cette situation géographique de la ville fait par conséquent d’Oujda un véritable carrefour intra-maghrébin. Les liaisons routières (réseaux d’autocars venus d’Espagne et plus généralement d’Europe), ferroviaires (Oujda est le point d’arrivée de la ligne Casablanca/Oujda) et aériennes (Oujda est le seul aéroport à 100 kilomètres à la ronde) renforcent cette centralité en faisant de la ville un point névralgique des réseaux de transport et de communication entre les villes marocaines, maghrébines et européennes. De ce point de vue, Oujda est une interface importante entre les pays du Maghreb et l’Europe, et plus généralement entre le sud-saharien, la Méditerranée et l’Europe.

Malgré cette centralité, la ville traverse une crise économique qui dure depuis de longues années. Les causes de cette débâcle économique sont multiples et complexes. La concurrence rude d’un commerce non réglementaire, l’impact de la fermeture de la frontière maroco-algérienne (1994) ou la marginalisation de la région par les autorités royales sont les raisons le plus souvent invoquées par les Oujdis pour expliquer le déclin de leur ville. Pour ces derniers, ces traits socio-économiques infléchissent également le développement urbain d’Oujda. L’exode rural, les investissements des expatriés dans l’immobilier ou les fonds de commerce, la viabilisation de quartiers illicites – dont la construction a longtemps été liée au réinvestissement de masses monétaires provenant du commerce transfrontalier ou de contrebande –, la détérioration, voire l’insuffisance, des infrastructures urbaines à la charge des pouvoirs publics et l’abandon de la région par les investisseurs étrangers sont autant de forces qui entrent en interaction et redessinent progressivement Oujda : une ville étendue avec un centre très actif et une périphérie qui hésite entre espace urbain – qui se propage maisons après maisons [1][1]Beaucoup de terrains de la périphérie d’Oujda voient pousser… – et campagne, qui parfois pénètre la ville très largement dans ses espaces délaissés.

 

 

3Comment expliquer la situation paradoxale de cette ville qui est à la fois au cœur des circulations transnationales et, en même temps, le lieu d’une crise économique et urbaine de taille ? Pour tirer au clair cette situation, il faut changer l’échelle du regard que nous portons sur cette ville. L’indice qui motive cette proposition tient au fait que si l’isolement géographique d’Oujda et sa dépendance à l’égard de la frontière maroco-algérienne n’ont pas eu raison de cette ville, c’est qu’elle est inscrite dans des processus socio-économiques qui dépassent largement ces enjeux, certes majeurs, mais néanmoins circonscrits. Notre hypothèse est qu’Oujda s’insère dans un espace d’échanges économiques et sociaux transnational dont les processus de globalisation qui l’impliquent ne s’imposent pas seulement par le haut et selon des modèles centralisés et des formes bureaucratisées des échanges économiques mondialisés. Ils se déroulent également par le bas et à travers des villes comme Oujda [2][2]A. Portes décrit cette situation comme une forme de «….

 

 

4Cet espace transnational se compose de villes qui peuvent être décrites comme des « dispositifs commerciaux [3][3]C’est en ces termes qu’A. Tarrius décrit Belsunce comme un… » qui construisent une autre forme de mondialisation économique que celle qui est tracée par les grandes firmes internationales. Ces dispositifs commerciaux s’enracinent et se connectent dans des « espaces circulatoires » (Tarrius, 1992) qui dépendent largement des capacités des acteurs de cette économie marchande transfrontalière à circuler et à instaurer des réseaux commerciaux [4][4]En d’autres termes, ces dispositifs reposent sur une «…. Ces réseaux s’entrecoupent et participent d’une extension des mondes marchands qui outrepasse les frontières des états nationaux et décrit la constitution d’un espace socio-économique transméditerranéen. Ainsi, ces villes sont à la fois le point d’émergence de milieux commerçants [5][5]Milieux commerçants qui servent de trame à la constitution… et le pivot de circulations indexées sur des mobilités commerçantes (Gambaracci, 2001 ; Manry, 2001 ; Sengel, 2001 ; Bredeloup, 2001).

 
 

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